glaive


glaive

glaive [ glɛv ] n. m.
• 1160; gladie Xe; lat. gladius
1Anciennt Épée de combat à deux tranchants, pour frapper d'estoc et de taille. Gladiateur combattant avec le glaive.
2Vx ou littér. Cette épée, symbole de la guerre, de la justice divine, du pouvoir judiciaire. Le glaive de Dieu. Le glaive et la balance, attributs de la Justice.

glaive nom masculin (latin gladius) Épée courte à deux tranchants. Littéraire. Symbole de la guerre, des combats ou de la puissance du pouvoir judiciaire. Figure du jeu de tarots. ● glaive (citations) nom masculin (latin gladius) comte Joseph de Maistre Chambéry 1753-Turin 1821 Le glaive de la justice n'a pas de fourreau. Les Soirées de Saint-Pétersbourg Bible Tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive. Évangile selon saint Matthieu, XXVI, 52 glaive (expressions) nom masculin (latin gladius) Le glaive de Dieu, la justice, la puissance de Dieu. Glaive spirituel, pouvoir qu'a l'Église de frapper d'une peine canonique. Théorie des deux glaives, théorie selon laquelle le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel appartiennent au pape. (Elle est à l'origine de la théocratie pontificale au Moyen Âge.)

glaive
n. m. Courte épée à deux tranchants. Le glaive et la balance, emblèmes de la justice.

⇒GLAIVE, subst. masc.
A. — Arme d'estoc et de taille à lame large et robuste, à deux tranchants séparés par une nervure. Ils s'arrachaient le visage avec les ongles, prenaient leur glaive à deux mains et se l'enfonçaient dans le ventre (FLAUB., Salammbô, t. 2, 1863, p. 136) :
1. Le carquois de cuir brut au dos et l'arc en main,
Portant au ceinturon le court glaive romain,
Tous, quand la nef gravit la houle encore haute,
Regardent les lueurs qui flambent à la côte.
LECONTE DE LISLE, Poèmes barb., 1878, p. 128.
[P. allus. biblique, Matthieu 26, 52] Qui du glaive se sert périra par le glaive : Le Christ débonnaire l'a dit (BOREL, Rhaps., 1831, p. 175). Qui frappe avec le glaive est frappé par le glaive (HUGO, Fin Satan, 1885, p. 858).
♦ [P. allus. au glaive, à l'épée de Damoclès] Qui voudroit se tenir sous un glaive suspendu par un cheveu sur sa tête, sous prétexte qu'il ne tombera pas? (CHATEAUBR., Essai Révol., t. 2, 1797, p. 334). La guerre n'est devenue ni plus ni moins imminente; le glaive est demeuré, comme il était auparavant, suspendu sur l'Europe (MUSSET ds Revue des Deux-Mondes, 1832, p. 363) :
2. Les abîmes sont semés sur notre route, le glaive est suspendu sur nos têtes; mais, pour conjurer tous les périls, nous avons la raison; et la raison, c'est la toute-puissance.
PROUDHON, Syst. contrad. écon., t. 1, 1846, p. 61.
P. métaph.
[Pour symboliser la guerre, les combats, etc.] :
3. Dès que l'homme a construit une cité, le glaive
Vient et la démolit;
Ce qui résiste au fer croule dans les délices;
Pour le tuer, ô Rome, Octave a les supplices,
Messaline a son lit.
HUGO, Légende, t. 4, 1877, p. 562.
Brandir le glaive, tirer le glaive. Entrer en guerre, faire la guerre. C'est vous qui, les premiers, avez tiré le glaive (Ac. 1835, 1878). Remettre le glaive dans le fourreau. Faire la paix. Luther fit ce qu'il put pour désarmer la foule; en vain... le glaive était tiré; il ne devait rentrer dans le fourreau qu'après deux siècles d'immolation (CHATEAUBR., Litt. angl., t. 1, 1836, p. 150) :
4. Lorsque la persuasion a échoué, lorsque l'amour a été impuissant, il faut s'armer de la force coercitive, brandir le glaive, terroriser, couper les têtes, sévir et frapper...
CLEMENCEAU, Vers réparation, 1899, p. 4.
[Pour symboliser la puissance vengeresse de Dieu] Le glaive de Dieu. Ceux que le glaive de l'ange a chassés dans l'abîme : ces monstres d'orgueil qui refusent le sacrifice de leur Dieu (DANIEL-ROPS, Mort, 1934, p. 415) :
5. Non, vous n'êtes plus des brigands. Vous portez dans vos mains le glaive des vengeances célestes, vous êtes devenus les anges de la mort, les terribles exécuteurs des hauts décrets de l'Éternel.
LA MARTELIÈRE, Robert, 1793, V, 5, p. 65.
[Pour symboliser le droit de vie et de mort, la justice, le pouvoir judiciaire, etc.] Le glaive des lois. La magistrature armée du glaive de la justice (COURNOT, Fond. connaiss., 1851, p. 422). L'autre [divinité vengeresse dans la Justice poursuivant le crime, de Prud'hon] serre sur son cœur les balances de la loi et le glaive qui punit les coupables (GAUTIER, Guide Louvre, 1872, p. 18) :
6. CHATEAUBRIAND AU ROI : ... Sire, vous avez deux fois sauvé la France; vous allez achever votre ouvrage. Ce n'est pas sans une vive émotion que nous venons de voir le commencement de vos justices. Vous avez saisi ce glaive que le souverain du ciel a confié aux princes de la terre pour assurer le repos des peuples.
CHATEAUBR., Mém., t. 3, 1848, p. 700.
Le glaive spirituel. Le pouvoir spirituel, la juridiction de l'Église. Je pense que l'Église doit tenir en main les deux glaives, le spirituel et le temporel, que tout lui appartient (BLOY, Journal, 1897, p. 250) :
7. Quelles que soient les opinions théologiques en cours à leur époque, c'est la puissance du glaive spirituel appliqué comme tel aux choses politiques, autrement dit le « pouvoir indirect sur le temporel », qui fonde et explique les actes d'autorité de ces grands papes à l'égard des empereurs et des rois.
MARITAIN, Primauté spirit., 1927, p. 33.
[Pour symboliser la puissance, le pouvoir, l'empire, la force de qqc.] Sa jeunesse, ses charmes, n'ont pu le dérober au glaive de la mort (BAOUR-LORMIAN, Ossian, 1827, p. 109) :
8. Jaloux de vous prouver qu'il n'est pas indigne de votre confiance, permettez-lui de vous rappeler qu'il est encore sous le glaive de la tyrannie, pour vous avoir dévoilé les affreuses machinations de vos atroces ennemis.
MARAT, Pamphlets, Aux Fr. patriotes, 1792, p. 298.
B. — BOT. [P. anal. de forme] Hampe florale. Un lac contre lequel des glaives noirs se profilaient ainsi que les arbres de sa rive (PROUST, J. filles en fleurs, 1918, p. 805) :
9. ... les roseaux agitaient leurs champs de quenouilles et de glaives, parmi lesquels la caravane emplumée, poules d'eau, sarcelles, martins-pêcheurs, bécassines, se taisait...
CHATEAUBR., Mém., t. 1, 1848, p. 131.
REM. Glaivataire, subst. masc. Soldat armé d'un glaive. Il a supplié l'Archange Saint Michel de l'assister, il a adjuré les glorieuses légions des Glaivataires et des Invincibles de dominer, d'enchaîner ces Esprits du Mal (HUYSMANS, Là-bas, t. 2, 1891, p. 180).
Prononc. et Orth. : []. Ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 2e moitié Xe s. gladie « lance » (S. Léger, éd. J. Linskill, 134). B. 1. 1121-34 glaive « épée » (PH. DE THAON, Bestiaire, 1809 ds T.-L. [trad. du psaume 62, 10 : tradentur in manus gladii]); 2. ca 1135 « massacre, châtiment par le glaive » (Couronnement de Louis, 333, ibid. :qui tuit morront a glaive); 1690 symbole de la force armée (FUR. : puissance du glaive); 3. ca 1165 « déchirement, douleur » (B. DE STE-MAURE, Troie, 21737 ds T.-L.). Du lat. class. gladius « épée » (d'où régulièrement glai en a. fr. au sens de « glaïeul », v. ce dernier mot, et en a. fr.-prov. au sens d'« épée », v. FEW t. 4, p. 144a), avec évolution irrég. de la finale, d'orig. discutée; elle est expliquée par J. Brüch ds Z. rom. Philol., t. 52, pp. 334-337 (hyp. reprise par FEW t. 4, p. 145b) par un croisement entre gladius et glavus (attesté aux IVe-Ve s. par Januarius Nepotianus, Epitome Valerii Maximi; lui-même croisement de gladius et de clava « massue » [utilisée par les recrues pour l'exercice des armes]), d'où seraient issus glavie, glaive; cf. l'hyp. de FOUCHÉ, p. 602 selon laquelle glaive serait issu d'un type brittonique klafido (se rattachant au pré-celt. kladyo [cf. le lat. gladius], introduit en Gaule avec l'invasion bret. à partir de 460), devenu glafido sous l'infl. du lat. gladius, d'où glavido, glavie, glaive. Fréq. abs. littér. : 1 012. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 2 192, b) 2 103; XXe s. : a) 1 251, b) 553. Bbg. COHEN 1946, p. 11. - FLASDIECK (H.M.). Engl. dial. gleave, fr. glaive, lat. gladius. Z. rom. Philol. 1958, t. 74, pp. 24-77.

glaive [glɛv] n. m.
ÉTYM. V. 1120, « lance, javelot »; sens mod., XVe; gladie, fin Xe; du lat. gladius, même sens.
1 Épée de combat à deux tranchants, pour frapper d'estoc et de taille. || Soldat romain armé du glaive. || Gladiateur combattant avec le glaive.(XVIe). Arme tranchante.
1 Quand le défilé (des gladiateurs) avait pris fin, on procédait à l'examen des armes, la probatio armorum, afin que fussent écartés les glaives dont le tranchant ou la pointe étaient émoussés (…)
J. Carcopino, la Vie quotidienne à Rome…, p. 277.
Locution proverbiale :
2 (…) tous ceux qui prennent le glaive périront par le glaive.
Bible (Crampon). → Épée, cit. 1 (Sacy).
Allus. Le glaive de Damoclès. Épée (→ Appendre, cit. 1).Par métaphore :
3 Pendant ce temps-là, notre mauvais génie travaillait à nous perdre. Nous étions dans le délire du plaisir, et le glaive était suspendu sur nos têtes. Le fil qui le soutenait allait se rompre.
Abbé Prévost, Manon Lescaut, II, p. 170.
2 (1690, Furetière). Vx ou littér. (dans des loc.). Symbole de la guerre, des combats, des exploits guerriers. Épée (→ Annales, cit. 5; destructeur, cit. 2). — ☑ (1872). Vx. Tirer le glaive : entrer en guerre.Remettre le glaive au fourreau : faire la paix.
(V. 1135, « massacre par le glaive »; symbole de destruction, 1642, Corneille). Symbole de la toute-puissance divine, du châtiment divin, de la justice divine. → Paix, cit. 1. || Le glaive du Seigneur (→ Affiler, cit. 1; ébrécher, cit. 3). || L'ange (cit. 8) au glaive de feu (→ Étincelant, cit. 10).
4 Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je suis venu apporter, non la paix, mais le glaive.
Bible (Crampon), Évangile selon saint Matthieu, X, 34.
5 Le glaive que je tiens en main, dit le Seigneur notre Dieu, est aiguisé et poli : il est aiguisé, afin qu'il perce; il est poli et limé, afin qu'il brille.
Bossuet, Oraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche.
(1686, Bossuet). || Le glaive spirituel : le pouvoir d'excommunication (cit. 2).
(Av. 1681). Symbole du pouvoir judiciaire, de la force légale, etc. || La balance (cit. 5) et le glaive, attributs de la justice. || Le glaive de la loi.
6 Il faut que les deux comités prennent les mesures nécessaires pour que le glaive de la loi les frappe sans délai.
Journal de la Montagne (1794).
7 (…) le glaive de la justice n'a pas de fourreau (…)
J. de Maistre, les Soirées de Saint-Pétersbourg, I.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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